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LE RÔLE DE L’ARABIE SAOUDITE DANS L’ ÉDIFICATION DE L’UNITÉ ARABE DANS LA DOMAINE DE LA MUSIQUE
LE RÔLE DE L’ARABIE SAOUDITE DANS L’ ÉDIFICATION DE L’UNITÉ ARABE DANS LA DOMAINE DE LA MUSIQUE
Issue 49

Dr Fethi Al Khamissi

Professeur à l’Institut arabe de musique

de l’Académie des Arts du Caire

Les apports de la musique arabe fait partie des grands acquis artistiques réalisés par l’ensemble de l’humanité. Aucune des civilisations du Moyen-âge n’aurait pu produire davantage d’œuvres que cette musique. 

Née au Moyen-âge, la musique a parachevé la construction et la pérennisation de son unité mélodique tant au plan rythmique (les dhouroub ou scansions) que structurel (les maqamet ou strophes) et cela sous la forme du sawt (thème mélodique propre à la musique arabe). Elle est ensuite allée de l’avant en parachevant sa structure mélodique au plan des variations sur le thème central (sawt) ou sur ses sous-thèmes pour aboutir à la forme du mawwel. Elle a ensuite créé les deux lignes mélodiques consécutives (A B) dans le cadre du muwachah (chanson lyrique généralement associée à la tradition andalouse). Il était devenu possible, près la création de ces deux lignes,  de passer à la forme (A B C), soit une ligne mélodique avec un début, un milieu et une fin. À partir de là, la musique arabe a entamé son véritable développement pour finir par élaborer des formes musicales aux multiples lignes mélodiques consécutives reliées par une seule structure rythmique à l’intérieur de la même composition, comparable en cela à la charpente unique du poème.

La civilisation romaine a-t-elle ajouté autre chose à la construction des personnalités musicales ? Y eut-il quoi que ce soit de plus avancé avec Byzance et les Etats du pape ? Et les civilisations iranienne et ottomane, qu’ont-elles apporté de plus ? Résumons-nous, les différentes civilisations de l’antiquité et du moyen-âge ont-elles présenté des structures si différentes de celles par lesquelles la musique arabe a contribué au mouvement général du progrès :

A – en établissant et généralisant le système harmonique ;

B – en établissant et généralisant le système des maqam (strophes) ;

C – en construisant la structure mélodique sur quatre étapes :

  • une mélodie unique (un seul actant)
  • une mélodie avec ses variations (un seul actant dans différentes situations)
  • deux mélodies (la présence de plus d’un actant)
  • une série de mélodies ayant un dénominateur commun (différents actants liés par une même thématique) ?

Pourquoi donc avons-nous soumis l’art musical arabe à ce feu nourri d’accusations ? Pourquoi mettons-nous en doute l’unité et l’évidente spécificité de la musique arabe ? 

Disons, pour finir, que la musique européenne fut la seule à s’affirmer à travers une nouvelle avancée dans l’ordre de la composition musicale. Celle-ci qui se produisit à l’époque de la Renaissance (XVIe siècle) consiste pour l’essentiel dans l’entrelacement ou « la simultanéité mélodique », la composition se déroulant à travers la progression simultanée de plusieurs lignes mélodiques qui se superposent comme on le voit avec les œuvres (symphonies, concertos, etc.) jouées par les orchestres symphoniques européens. 

Il est vrai que la musique arabe vit aujourd’hui une crise qui l’a bloquée dans son développement. Cela ne doit pas néanmoins nous amener à douter de l’unité, de la maturité ou de l’efficacité du système musical arabe, mais, bien au contraire, à appeler à un sursaut de nature à remettre cet art sur les rails et à redoubler d’efforts pour que refleurisse notre patrimoine musical.