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LE DISCOURS SOUFI DES PRODIGES (EL KARAMA) Une approche sémiologique
LE DISCOURS SOUFI DES PRODIGES (EL KARAMA) Une approche sémiologique
Issue 49

Dr Abdemajid Noussy

Les éléments relatifs au discours soufi d’el karama (récit des prodiges) se ramènent pour l’essentiel à :

Sur le plan structurel : 

  • El karama est un processus qui se déroule sur deux versants, l’un linguistique, l’autre narratif, le second se fondant sur le premier pour prendre forme et devenir discours.
  • El karama repose sur une composante légendaire (ou mythique) qui va, par exemple, à l’encontre des textes de l’historiographie. Les actants font partie des vivants mais aussi des morts et sont capables d’assumer des fonctions dans le texte.
  • On retrouve dans la structure générale d’el karama les constantes sur lesquelles repose le texte narratif, dans le sens où des liens se tissent entre les actants que le texte met en jeu, et où le texte lui-même se développe en rapport avec la dynamique qui se crée entre ces actants.
  • La structure d’el karama présente certaines spécificités que l’on retrouve dans le conte populaire, et notamment l’actant appelé adjuvant qui relève de l’intervention magique. Ainsi, el baraka ressemble presque à la baguette magique dont se sert l’actant sujet (le héros) pour triompher de son opposant (l’antihéros), ainsi que l’indique Vladimir Propp dans son analyse du conte populaire. 
  • El karama se caractérise par la dualité du programme narratif. Le récit développe le programme de l’actant sujet dominant, c’est-à-dire le héros, ainsi que le programme de l’actant sujet qui s’oppose à lui, c’est-à-dire l’antihéros. Le narrateur ne raconte pas une histoire mais deux : celle du héros et celle de l’antihéros. Nous retrouvons là l’une des particularités du discours narratif du conte.

Au niveau de la signification : 

  • L’actant sujet (le wali – le « saint ») accomplit des fonctions à l’intérieur de la société. Il est dans le rôle de l’homme qui protège les autres contre le pouvoir, la nature, l’animal et la maladie. Ce sont là des fonctions qu’assumées le wali au sein de la société. 
  • Ces fonctions sont celles qui font de l’actant sujet l’un des éléments influents au sein de la société où le wali devient d’après les textes « la qibla (direction de la Mecque) vers laquelle se dirigent les groupes venus à sa rencontre ».
  • L’accomplissement par le wali d’un ensemble de fonctions sur la base de ses capacités légendaires (la baraka) est une forme de contrat entre lui et la société, contrat à travers lequel le wali devient l’un des éléments sur lesquels repose l’équilibre social. 

L’analyse proposée par l’auteur vise en particulier à définir les composantes d’el karama dans son rapport avec la langue et  avec certains types de texte tel que le conte populaire. Elle vise également à mettre en évidence la dimension légendaire d’el karama. En eux-mêmes, ces éléments d’analyse constituent l’objectif de l’approche méthodologique que l’auteur a essayé d’explorer.